Mon travail explore les relations entre espace, couleur, lumière et perception.

Je pars souvent d'un motif figuratif — paysage, intérieur, figure ou souvenir visuel — qui constitue le point de départ de la composition. Au fil du processus de création, cette réalité se transforme progressivement. Les formes se simplifient, les plans se déplacent, les lignes s'organisent, les couleurs prennent leur autonomie. L'image s'éloigne peu à peu de son origine pour devenir un espace où figuration et abstraction dialoguent librement.

Ma formation en architecture a profondément influencé mon regard. Elle m'a appris à penser l'espace, les rapports entre les masses, les lignes de force, les vides et les pleins. Dans mes œuvres, l'espace n'est jamais un simple arrière-plan : il devient un élément actif de la composition. Les formes s'attirent, s'opposent ou s'équilibrent. La couleur ne vient pas seulement habiller les surfaces ; elle construit l'espace, révèle les tensions et fait naître une présence.

Je ne construis jamais une œuvre à partir d'un projet entièrement défini. Une intention existe parfois — celle d'une série, d'une recherche ou d'une question plastique — mais je laisse toujours l'esprit ouvert. Les premières formes et les premières couleurs apparaissent presque à l'aveugle, sans chercher à contrôler le résultat. Peu à peu, une image commence à émerger.

À partir de ce moment, le hasard s'efface mais le dialogue continue. J'observe ce qui apparaît, j'efface, je corrige, je déplace, j'ajuste les formes, les couleurs et les équilibres. Chaque intervention fait naître de nouvelles possibilités auxquelles je réponds à mon tour. L'œuvre se construit progressivement dans cet échange permanent entre ce qui se révèle et les choix que j'opère. Je découvre moi-même l'image au fur et à mesure qu'elle se construit.

Chaque série développe ainsi son propre langage.

La série Cocon explore les tensions qui organisent l'espace. Les formes semblent d'abord retenues dans des structures denses avant que les équilibres ne se déplacent progressivement. Une énergie circule, se concentre, se libère et transforme peu à peu la composition.

Avec Cartographie intérieure, l'espace devient un territoire mental. Les lignes, les plans et les passages dessinent une géographie intérieure en perpétuelle transformation, où mémoire, perception et imagination dialoguent librement. Il ne s'agit pas de représenter un lieu mais d'ouvrir un espace de contemplation et de multiples interprétations.

La série Grey s'intéresse aux processus d'émergence du vivant. Une énergie vitale se concentre au cœur de la composition, se transforme progressivement, puis laisse apparaître le germe d'une forme nouvelle. Ce qui demeure invisible participe autant à la composition que ce qui est donné à voir.

L'aquarelle, la peinture à l'huile et l'art numérique constituent trois expressions complémentaires d'une même recherche.

Dans mes aquarelles, le paysage reste identifiable, mais les jeux de lumière, les successions de plans et les rapports de couleurs annoncent déjà un glissement vers une écriture plus construite. La peinture à l'huile me permet de poursuivre une réflexion sur la présence humaine, tandis que l'art numérique m'offre une liberté de composition où l'espace devient le véritable sujet de l'œuvre.

Je ne cherche pas à imposer une lecture.

J'aime que le regard prenne le temps de circuler dans l'image, de découvrir progressivement les relations entre les formes, les couleurs et les espaces. Chacun peut y entrer avec sa propre sensibilité, y projeter sa mémoire, ses émotions ou son imaginaire. L'œuvre ne délivre pas un message unique ; elle propose une expérience de perception et de contemplation qui continue de se construire dans le regard de celui qui la découvre.

Je cherche moins à représenter le monde qu'à révéler une image en devenir. Chaque œuvre est une exploration, chaque série ouvre un nouveau territoire, et chacune d'elles prolonge une même recherche autour de la structure, de la couleur, de la lumière et de la perception.

« Les œuvres d'art ont le pouvoir de toucher notre âme. »

— Fabienne Blanc